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Covid-19 est son nom de code (Par Abdou Aziz Diouf)

Covid-19 est son nom de code (Par Abdou Aziz Diouf)

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L'infiniment petit à l'assaut des grandes puissances et des grandes certitudes : Quels enseignements pour un Sénégal plus résilient sur la voie de l'émergence ?

Il est apparu à Wuhan en Chine dans des circonstances non encore élucidées jusque- là. Ses ravages par contre ont fini de faire le tour du monde. Aucun continent n'est épargné, aucune race épargnée. Tous les hommes de tous les âges, de toutes les conditions sont menacés. Les morts se comptent par milliers. Au tout début de la pandémie, circulait l'idée selon laquelle, ce fameux virus était plutôt ennemi des personnes d'un âge avancé. Or que nenni ! Aucune discrimination dans sa terreur ! Même ce jeune, appelé Talibé, en quête de pitance dans les rues de notre cher Sénégal n'est épargné. Il a fait le tour du monde en un temps insoupçonné défiant le temps, l'espace et toutes les formes d'organisations humaines. Où allons- nous ? Qu'allons- nous devenir ? Ces questionnements légitimes appellent à mon sens des réponses communes concertées. Ces interrogations doivent marquer indéniablement le début de l'ère après COVID ; une ère de changements et de ruptures mais quels changements ? Quelles ruptures ? L'humanité doit de manière responsable faire face à son destin. Le Sénégal dans cette grande Afrique se doit d'être solidaire dans la co-construction d'une Afrique digne et forte au point de pouvoir apporter des réponses conséquentes à des agressions du genre. Oui, cette pandémie est une agression contre l'humanité, un affront que seule l'intelligence de tous peut venir à bout.

À l'échelle internationale : nombre de cas nombre de décès sont notés aux EU, le dernier touché mais le plus atteint en terme de pertes de vies humaines, l'Italie et l'Espagne les pays les plus visités par Covid-19, puis la France, puis , puis etc. Et tout cela, malgré des systèmes sanitaires performants. Ces puissances militaires ont été incapables de faire face à l'ennemi et ces puissances économiques impuissantes pour contenir l'envahisseur, qu'arrive- t-il au monde, à l'humanité voudrions nous dire ?

À l'échelle régionale : la solidarité régionale n'a pas été à vrai dire efficace dans sa riposte contre le Covid-19. La rapidité de la propagation peut expliquer l'impréparation des institutions régionales dédiées pour une prise en charge sanitaire plus soutenue des États et des populations. COVID vient de bousculer le principe d'intégrité territoriale cher aux États. Des initiatives sont quand même prises pour juguler la pandémie mais leur mérite c'est de montrer une fois encore l'impérieuse nécessité de transcender les frontières pour faire à des menaces qui ignorent les espaces, les philosophies et les croyances.

À l'échelle nationale : Le 02 Mars c'est le début de l'invasion de Covid-19 au Sénégal. Pays carrefour, hub portuaire et aéroportuaire, le Sénégal a enregistré son premier cas à travers un étranger revenu fraîchement de chez lui. Un cas conscient qui n'aura pas entrainé d'autres cas du fait de son comportement responsable qui sera cité en exemple par les autorités sanitaires du pays. C'est l'ère des cas importés qui ont été considérablement réduits par les acteurs de notre système de santé. L'équation qui inquiète le plus ce sont les cas dits communautaires qui sont un vecteur de propagation exponentielle de la pandémie. Des mesures sont édictées mais ont, hélas, du mal à être respectées. Il ne serait pas dès lors impertinent de faire des études sur ces comportements qui frisent l'indiscipline. Sans vouloir anticiper sur les résultats de ces études, permettez- moi de convoquer la nécessité de disposer d'un système éducatif performant qui fait des valeurs morales ses piliers essentiels. Tout le monde aujourd'hui parle de l'après COVID. Quel monde ? Quel continent ? Quel pays ? Quel citoyen ? Nombre de justes et légitimes interrogations. C'est dire que des ruptures, il y'en aura inéluctablement et qu'un nouvel ordre mondial devra faire jour pour une gouvernance autrement au profit de l'Homme.

Mais nous avons bon espoir qu'un citoyen nouveau pourra convenablement influencer les différents niveaux, les différents espaces ci-dessus énumérés. Ce nouveau citoyen doit être forgé par un système éducatif qui produit plus de gens de valeur, civiques dirions –nous que de gens qui reproduisent des modèles déshumanisants. D'où la nécessité impérieuse de renforcer notre système éducatif pour une meilleure appréhension par les populations des dangers et des menaces de toutes sortes afin de se conformer aux mesures édictées en ces occasions. Port de masques, distanciation sociale, lavage de mains, attroupements, déplacements etc. tant de mesures que nombre de gens peinent à respecter. Non-respect du fait d'un manque et d'instruction et d'éducation. Ce qui a indéniablement favorisé la rapide propagation du virus.

Après Covid-19, on doit pousser la réflexion pour un système éducatif accessible à tous et partout. Pendant Covid-19, on parle de télétravail, de télé enseignement. Cela nous conforte dans l'idée que l'heure a sonné pour instaurer définitivement la culture du numérique et du digital au service d'un système éducatif universel, donc accessible. La portée de cette légitime ambition devra se mesurer à l'aune de son accessibilité.

Par contre, pour un système éducatif performant et résilient, il faut inexorablement un système sanitaire de qualité pour une bonne prise en charge des besoins en matière de santé des populations, des citoyens.

Dans la gestion de cette pandémie, notre système a certes montré la qualité des ressources dont il dispose surtout humaines. Cependant, force est de constater, que les besoins sont là et se posent avec insistance. Ils ont pour noms : infrastructures adaptées, de plateaux techniques relevés mais aussi des ressources humaines en nombre et en qualité. Ce qui nous amène à un autre défi après COVID ; celui de la formation dont l'essence est dans sa transversalité. Cette nécessaire formation qui préoccupe à plus d'un titre nos autorités étatiques, procure un métier et in fine un emploi et qui réduirait significativement le nombre de démunis, donc l'assistance de l'État.

En définitive, Covid-19 nous a rappelé notre extrême fragilité et notre appartenance à une seule race : la race humaine. Nombre d'enseignements doivent être tirés pour reconstruire notre société sur la base de modèles nouveaux, une société qui donne à l'humain toute sa place dans la vie des communautés ; des nations et des États.

Alors anticipons, inscrivons- nous dans la prospective pour des réponses adéquates face à des menaces du genre, plombant tout un système dans toutes ses dimensions : politique, économique, social etc. au profit d'une humanité agissante. L'heure a, donc, sonné, il nous faut, dès lors, repenser nos modèles, des modèles dont la centralité de l'humain en constitue l'essence.

Tout cela adossé bien évidemment au principe de l'équité territoriale avec une meilleure répartition des ressources pour et dans les territoires d'ici et d'ailleurs.

Abdou Aziz DIOUF
Directeur Général / MAOR GROUPE