Les soldats ont vécu des choses «exceptionellement difficiles» dans les CHSLD

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La mission de l’armée canadienne dans les CHSLD du Québec n’a pas été une partie de plaisir.

La pénurie criante de personnel dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), en pleine pandémie de COVID-19, a compliqué la tâche de soldats venus prêter main-forte au personnel soignant.

Le rapport de 60 pages rédigé par les Forces armées canadiennes et rendu public mercredi rend compte des difficultés énormes rencontrées sur le terrain par les soldats, transformés pour un temps en préposés aux bénéficiaires dans 25 CHSLD contaminés au virus et hors de contrôle sur le plan de la gestion.

Depuis le 20 avril, de nombreux soldats «ont été témoins et (ont) vécu des situations exceptionnellement difficiles dans les CHSLD», note le colonel T. M. Arsenault, en introduction du rapport, remis au gouvernement Legault mardi.

Un tel niveau de stress et de difficulté ne peut que laisser des traces. Le colonel ajoute que l'armée devra, après coup, faire en sorte de «favoriser le maintien de la bonne santé mentale de la force».

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Le rapport dresse un constat très factuel des situations observées par les militaires et des tâches accomplies dans chacun des établissements où ils ont oeuvré, dans la région de Montréal. Il ne donne cependant pas de détails de situations particulièrement problématiques qui ont été vécues durant cette mission.

Il en ressort un ensemble de manquements, comme la pénurie criante de personnel, particulièrement en ce qui a trait aux préposés aux bénéficiaires et aux infirmières la nuit, un taux d'absentéisme élevé, un manque de personnel ayant une formation médicale, un manque d'équipement médical, une absence de médecins de garde pour constater les décès, sans compter un laxisme dans l'application des protocoles de protection.

On conclut que le manque d'équipement médical et le manque criant de personnel ont certainement eu un impact sur la qualité des soins offerts aux patients, incluant les soins d'hygiène de base.

Dans certains établissements, on a par ailleurs observé des conflits entre employés. «Ces conflits portaient principalement sur le nombre d'heures de travail, la gestion de l'établissement, l'assiduité des employés et le manque important d'infirmières. Un coordonnateur a menacé d'arrêter de travailler si des infirmières supplémentaires n'étaient pas embauchées.»

À certains endroits, le manque d'assiduité du personnel semble avoir été une source continuelle de friction: «plusieurs arrivaient en retard pour leur quart et s'absentaient pendant de longues périodes» pouvant aller jusqu'à deux heures.

L'opération militaire au Québec, qui est toujours en cours, a nécessité à ce jour la contribution de 1350 membres des Forces armées, dont 1050 soldats dépêchés dans 25 CHSLD.

Le gouvernement Legault souhaite prolonger la mission jusqu'à la mi-septembre, mais le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a dit en entrevue à la CBC que ce n'était pas possible d'assurer que les militaires travaillent encore pendant près de quatre mois, sept jours sur sept, 12 heures par jour.

Les auteurs du rapport notent que la présence des militaires a permis «de libérer des ressources médicales pour qu'elles effectuent des soins directs auprès des patients». L'armée a ainsi contribué à stabiliser la situation.

Les soldats devaient exercer diverses tâches, selon les besoins, comme le fait de prodiguer les soins d'hygiène, nourrir les patients, effectuer l'entretien ménager, assurer la désinfection des lieux.

Un des CHSLD les plus durement frappés par la pandémie est le Vigi Mont-Royal, où tous les patients ont attrapé le virus.

C'est aussi un des établissements où les soldats ont eu du fil à retordre.

«Nous sommes témoins quotidiennement d'employés ne respectant pas les protocoles mis en place par l'établissement», en matière d'équipement de protection, peut-on lire dans le rapport.

«Nous avons remarqué que les consignes ne sont pas respectées par certains employés civils, malgré les rappels constants faits par nos militaires», indique le compte-rendu.

Il s'agit d'un des CHSLD où l'approvisionnement semble avoir été un problème. Notamment, «une livraison de narcotiques semble avoir disparu et l'approvisionnement au sein des unités de soins est difficile. Un manque d'équipement médical est souvent noté lors des changements de quart et les militaires ont dû intervenir à plusieurs reprises pour offrir des solutions afin de permettre au personnel soignant d'effectuer leur travail de manière sécuritaire».

Au total, la direction des Forces armées estime que la présence des soldats a certainement «amélioré la qualité de vie d'un grand nombre de personnes et aidé à restaurer la dignité des personnes en fin de vie».