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CAN 2021: pourquoi un report est plausible mais pas si simple

CAN 2021: pourquoi un report est plausible mais pas si simple

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L’hypothèse d’un report de la prochaine Coupe d’Afrique des nations, prévue du 9 janvier au 6 février au Cameroun, prend de l’ampleur, à cause de la pandémie de Covid-19. Si reporter la CAN 2021 à 2022 est possible, cette option n’est toutefois pas sans risques. Explications.


La Coupe d’Afrique des nations au Cameroun aura-t-elle lieu en 2021 ? Après avoir dû renoncer à l’édition 2019 à cause de retards, le pays de Samuel Eto’o va-t-il devoir patienter encore, à cause de la Covid-19 cette fois ? L’hypothèse d’un report de la prochaine phase finale, actuellement prévue du 9 janvier au 6 février, prend de l’ampleur. La raison principale ? Les incertitudes autour du contexte sanitaire mondial et du calendrier sportif international, en 2020.


Jouer en janvier-février 2021 reste possible

Il reste notamment quatre journées de qualifications pour la CAN 2021 à caser d’ici la fin de l’année. Dans l’immédiat, aucune raison de paniquer : avec trois trêves internationales (en septembre, octobre, puis novembre) et donc six dates possibles, la Confédération africaine de football (CAF) a le temps de boucler les éliminatoires. Et même si celles-ci s’achèvent en novembre, organiser le tournoi en janvier/février est jouable.

Bien sûr, deux mois pour effectuer le tirage au sort et permettre aux équipes qualifiées de faire des repérages au Cameroun, ce serait très court. Mais la CAF y était parvenue avec une CAN 2015 pourtant réattribuée à la Guinée équatoriale en novembre 2014 seulement. En outre, l’instance basée au Caire est plus qu’habituée à travailler dans l’urgence. Et elle sait adapter son degré d’exigence aux circonstances.

Du côté de la Confédération, des sources concordantes assurent donc  qu’aucune décision sur un report n’a encore été prise. Une réunion du Comité d’urgence, qui traite des dossiers chauds, est certes prévue ce 28 mai. Mais la CAN 2021 et ses qualifications ne figureraient officiellement pas à l’ordre du jour.

Maintenir en 2021 : un pari trop risqué ?

Toujours est-il qu’une annulation des matches internationaux de septembre rendrait un maintien  très risqué. Après avoir préconisé la suppression des matches en juin, la Fédération internationale de football (FIFA) pourrait en effet décider, lors de ses prochaines réunions de juin, d’en faire de même avec les dates FIFA suivantes.

Augustin Senghor, membre du Comité exécutif de la CAF, avait d’ailleurs prévenu le 21 avril dernier au micro de la BBC : « Nous avons besoin de plusieurs fenêtres FIFA pour terminer les qualifications. Et si nous ne jouons pas en juin ou en août, je pense qu’il sera impossible de jouer la CAN en janvier. […] Le Comité exécutif de la CAF devra prendre une décision qui sera certainement de la reporter. Personne ne peut rien faire si les conditions ne sont pas remplies. Personne au monde ne peut dire qu’en septembre ou novembre, nous aurons gagné la bataille contre le coronavirus. »

Et, même à supposer qu’on puisse rejouer convenablement au football en Europe, en Asie et/ou en Afrique d’ici quelques mois, les joueurs auront-ils tout le loisir de venir en équipes nationales, entre pressions de leurs employeurs (les clubs) et les éventuelles difficultés pour se déplacer à cause des restrictions de voyage liées à la Covid ?

Reporter en 2022, oui, mais…

Dans ce contexte plein d’incertitudes, la CAF et le Cameroun pourraient être tentés de repousser la 33e Coupe d’Afrique des nations à 2022. Cela laisserait du temps aux deux parties pour jauger l’évolution de la pandémie de Covid-19. Cela permettrait en outre d’organiser le Championnat d’Afrique des nations, initialement prévu en avril 2020, en janvier-février 2021.

Reste qu’une reprogrammation poserait de nombreux problèmes. Tout d’abord, la situation épidémiologique en 2022 semble impossible à prévoir. Ensuite, le calendrier footballistique de cette année-là demeure un casse-tête, notamment à cause d’une Coupe du monde au Qatar censée se tenir du 21 novembre au 18 décembre (Quand auront lieu les principaux championnats dans lesquels évoluent les internationaux africains ?). Les Camerounais ont par ailleurs assuré qu’il était impossible de jouer convenablement au football en juin/juillet à cause de la saison des pluies… Difficile de choisir de nouvelles dates pour la Coupe d’Afrique dans ces conditions.

Enfin, facteur non-négligeable, déplacer une telle manifestation engendre en général des surcoûts significatifs. « On en a l’expérience avec les Jeux olympiques de Tokyo 2020 reportés à 2021, explique l’économiste du sport et consultant pour RMC, Pierre Rondeau.  Il y aura des frais supplémentaires liés au report. On peut intégrer l’idée que l’entretien et la maintenance des infrastructures, les frais de réorganisation et de réimpression des billets, la renégociation des sponsors, des droits TV et de tous les frais annexes, vont coûter de l’argent. […] Si on reporte cette compétition, toutes les réservations hôtelières, sportives et d’autres infrastructures sont décalées. Des réservations sont à rembourser, avec la réorganisation pour tous les participants, les organisateurs et les acteurs de cet événement. Il y a aussi le remboursement des prestataires, des annonceurs, des diffuseurs. […] Ensuite, il y aura la réimpression de tous les billets, de tous les fanions, de tous les goodies et autres produits dérivés, de tous les supports presse et marketing de l’événement où est indiqué CAN 2021. […] Tout ça coûte de l’argent ». Pour une CAF dont les réserves financières se sont amenuisées ces derniers mois et pour un Cameroun qui a déjà investi plusieurs dizaines de milliards de francs CFA dans la Coupe d’Afrique des nations, décaler la prochaine CAN ne serait donc pas indolore...