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StopCovid "utile" selon le gouvernement, "liberticide" pour l'opposition : débats enflammés à l'AssembléePhoto AFP

L'application StopCovid sera disponible le 2 juin après un vote houleux à l'Assemblée

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Après des débats enflammés, l'application controversée StopCovid a été votée à une assez large majorité à l'Assemblée nationale. Elle sera téléchargeable à partir du 2 juin. Le gouvernement assure qu'elle sera "utile" pour lutter contre le coronavirus. Mais l'opposition craint une dérive "liberticide". 

L'Assemblée nationale a voté assez largement mercredi soir pour l'application de smartphone StopCovid. Cet outil de traçage numérique est censé aider à lutter contre l'épidémie, mais est décrié par l'opposition et quelques "marcheurs" pour ses atteintes aux libertés individuelles. En présence de trois membres du gouvernement, mais sans le Premier ministre, les députés ont voté à 338 voix pour, 215 contre et 21 abstentions. Un débat et un vote symbolique similaire vont avoir lieu dans la soirée au Sénat. 

L'application sera téléchargeable à partir du lundi 2 juin. Un peu plus tôt dans la journée, le débat s'est engagé à l'Assemblée sur StopCovid, l'application pour smartphone controversée. Pour le gouvernement, c'est un "outil au service du citoyen", mais pour une large partie de l'opposition, il s'agit d'une application "liberticide" et "orwellienne".

"StopCovid n'est pas magique"

"Toutes les garanties ont été prises pour que la vie privée des Français soit respectée", a assuré la garde des Sceaux Nicole Belloubet en ouverture des débats. C'est une application "temporaire, d'installation volontaire, non identifiante et transparente", a-t-elle détaillé. Sur la base du volontariat, StopCovid permettra à une personne positive au coronavirus d'alerter automatiquement tous les utilisateurs avec lesquels elle a eu un "contact prolongé" récemment, à moins d'un mètre et durant plus de quinze minutes, afin qu'ils se fassent tester à leur tour.

Selon le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O, "StopCovid n'est pas magique" mais "offre un complément utile et nécessaire" aux équipes sanitaires, chargées de retracer les personnes qui ont été en contact avec des malades du coronavirus. 

Certains craignent une société de surveillance. Je veux les rassurer :
Nulle utilisation de la géolocalisation.
Nul accès ni à vos contacts ni à la liste des personnes que vous avez croisées.
Nulle possibilité de savoir de qui vient l’information. Pour qui que ce soit. #StopCovid pic.twitter.com/glLylmmEiI

— Cédric O (@cedric_o) May 27, 2020

Un vote non-contraignant

Elle utilise la fonction Bluetooth et non la géolocalisation et "il s'agit d'un projet français", a-t-il aussi souligné, avant de s'en prendre à "la peur d'innover", qui laisserait le pays "gérer son déclin". À gauche, l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon a mené la charge contre un projet "inefficace" et "liberticide". "Inefficace" faute de smartphones chez une large part des personnes âgées, et "dangereux" car s'introduisant dans la sphère "intime". "Je fais partie de ceux qui ne veulent pas qu'on sache près de qui j'étais à moins d'un mètre, pendant plus d'un quart d'heure. C'est le temps d'un baiser. Ça ne vous regarde pas", a-t-il lancé.

"Je fais partie de ceux qui ne veulent pas qu'on sache près de qui j'étais à moins d'un mètre pendant plus d'un quart d'heure. Je ne veux pas ! Un quart d'heure et moins d'un mètre, c'est le temps d'un baiser", dit @JLMelenchon#DirectAN #StopCovid #COVID19 pic.twitter.com/ajYZI000PU

— LCP (@LCP) May 27, 2020

La socialiste Cécile Untermaier a jugé l'application "tardive, peut-être utile mais certainement pas indispensable" et mis en garde contre une société de la "défiance", où l'autre devient une "menace". À droite, le chef de file des LR Damien Abad a dénoncé "une application mort-née, qui arrive trop tard un peu comme la cavalerie qui arrive toujours après la bataille dans les BD de Lucky Luke". Il a aussi fustigé "l'encadrement de nos libertés et de notre vie privée", un "pas de plus même prudent" vers une société "orwellienne". 

La Marcheuse Marie Lebec s'en est pris aux "instrumentalisations" et aux "caricatures" de l'opposition. Dans la majorité, Laure de la Raudière, du nouveau groupe Agir Ensemble, a insisté sur le feu vert de la Commission nationale informatique et libertés (Cnil). Celle-ci a estimé mardi que StopCovid respecte la législation relative à la vie privée. Au MoDem, Philippe Latombe a mis en avant la "souveraineté numérique" française face aux géants américains, grâce à cet outil bâti par les chercheurs d'Inria, l'Institut français de recherche en informatique.

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