Donald Trump menace de "fermer" les réseaux sociaux : la prise de bec entre le président américain et Twitter, en quatre actes

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Le réseau social, souvent accusé de laxisme dans son traitement des propos tenus par des dirigeants, a ajouté une mention "vérifiez les faits" à deux tweets de Donald Trump, provoquant sa colère. 

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Pour la première fois, Twitter a mis en doute la véracité d'une affirmation de Donald Trump, le 26 mai 2020.  (DAVID HIMBERT / HANS LUCAS / AFP)

Donald Trump est connu comme l'homme politique qui s'est le plus approprié l'usage de Twitter, pour accéder au pouvoir, mais aussi une fois installé à la Maison Blanche. Pourtant, mercredi 27 mai, le président des Etats-Unis est entré en guerre contre le réseau social. Lancé dans un bras de fer avec la firme américaine, qui a – timidement – mis en doute la véracité de ses propos dans un tweet, le chef d'Etat a menacé de faire purement et simplement "fermer" des réseaux sociaux qu'il estime biaisés contre les discours conservateurs, pourtant bien représentés sur ces plateformes. Il signera jeudi un décret visant les opérateurs de réseaux sociaux, selon des représentants de la Maison Blanche. Mais ces derniers n'ont donné aucune précision sur la possible teneur du décret présidentiel.

Retour une passe d'armes en quatre actes. 

Acte 1 : Trump tweete sur le vote par correspondance

Tout a commencé par deux tweets tout à fait "trumpiens", à savoir riches en lettres majuscules et en accusations, postés mardi. Le président américain s'en prend alors à la décision du gouvernement démocrate de Californie de mettre en place le vote par correspondance en vue de l'élection présidentielle de novembre. Annoncé le 8 mai, ce dispositif doit permettre aux Californiens de se rendre aux urnes, même si le pays n'est pas parvenu d'ici là à enrayer l'épidémie de coronavirus. Or, plusieurs groupes appartenant au parti républicain ont attaqué cette décision en justice, estimant qu'il s'agissait d'un procédé illégal. 

"Il n'y a PAS MOYEN (ZERO !) que le vote par correspondance soit autre chose que substantiellement frauduleux", a tweeté le président américain mardi, avant de s'en prendre au gouverneur de la Californie, Gavin Newson. Il accuse ce dernier de distribuer des bulletins à tous les habitants et de leur dire "pour qui voter".  

Acte 2 : Twitter signale les messages comme "trompeurs" 

Dans la foulée de la publication de ces tweets, Twitter a, pour la première fois, signalé ces messages de Donald Trump comme "trompeurs". Pour ce faire, le réseau social, souvent accusé de laxisme dans son traitement des propos tenus par des dirigeants, a ajouté une mention "vérifiez les faits" aux deux tweets du président américain : sous ces deux tweets s'affiche désormais la mention "Obtenez les faits sur le vote par correspondance", qui renvoie à un résumé des faits et à des articles publiés dans la presse américaine. 

Evidemment, ce signalement n'a pas plu à Donald Trump. "Twitter interfère avec l'élection présidentielle de 2020. Ils disent que ma déclaration sur le vote postal est incorrecte, en se basant sur des vérifications des faits par Fake News CNN et le Amazon Washington Post", a réagi le milliardaire républicain, qui est suivi par 80 millions de personnes sur son réseau social de prédilection. "Twitter étouffe la LIBERTE D'EXPRESSION", a-t-il ajouté.

Acte 3 : Trump menace de "réglementer" ou de "fermer" des réseaux sociaux

Attaqué sur ce réseau social qu'il utilise quotidiennement, Donald Trump a menacé mercredi de "réglementer" ou de "fermer" ces plateformes. "Les républicains ont le sentiment que les plateformes de réseaux sociaux censurent totalement les voix conservatrices. Nous allons les réglementer sévèrement, ou les fermer, pour ne pas permettre qu'une telle chose se produise", a tweeté Donald Trump.

Et le président de revenir au sujet initial de sa colère, en écrivant, mercredi matin : "Nous ne pouvons pas laisser le vote par correspondance s'enraciner dans notre pays. Cela représenterait un blanc-seing pour la fraude, la contrefaçon et le vol des votes." "Celui qui frauderait le mieux pourrait gagner. De même pour les réseaux sociaux. Reprenez-vous, MAINTENANT !!!!", a ajouté le président dans une série de tweets matinaux.

Le président a aussi accusé le réseau social d'avoir interféré dans la campagne présidentielle de 2016. "Nous avons vu ce qu'ils ont essayé de faire, et qui a été un échec, en 2016. Nous ne pouvons pas laisser une version plus sophistiquée de cela se produire encore une fois", a-t-il poursuivi.

S'exprimant à nouveau via Twitter dans la soirée de mercredi, Donald Trump a déclaré que les géants du numérique utilisaient leur "pouvoir considérable" pour recourir à la censure en vue du scrutin. "Si cela se produit, nous ne disposons plus de notre liberté", a-t-il ajouté. Peu après, la Maison Blanche a annoncé qu'il signerait, jeudi, un décret visant les opérateurs de réseaux sociaux.

Acte 4 : le PDG de Twitter se défend d'être "un arbitre de la vérité"

Le PDG de Twitter, Jack Dorsey, a finalement réagi en fin de soirée. Il a déclaré que les propos de Donald Trump sur le projet de vote par correspondance en Californie "pourraient induire les gens en erreur" en leur laissant croire qu'ils n'ont pas besoin de s'inscrire pour voter. "Notre intention est de pointer des déclarations contradictoires et de montrer les informations en débat afin que les gens puissent juger par eux-mêmes. Une plus grande transparence de notre part est essentielle afin que les gens puissent voir clairement la raison de nos actions", a-t-il ajouté dans un autre tweet, se défendant d'être un "arbitre de la vérité".

Jack Dorsey a également pris la responsabilité des actions de Twitter sur la vérification des faits. "Veuillez laisser nos employés en dehors de cela", a-t-il demandé. "Nous continuerons de signaler des informations incorrectes ou contestées sur les élections dans le monde. Et nous admettrons et reconnaîtrons toutes les erreurs que nous commettrons."

Dans un communiqué distinct (en anglais), Twitter a expliqué que les tweets du président américain avaient été libellés dans le cadre des efforts de l'entreprise pour mettre en œuvre sa "politique d'intégrité civique".

La désinformation est considérée comme particulièrement cruciale par Facebook et les autres plateformes depuis les tentatives de manipulation de l'élection présidentielle américaine et du référendum sur le Brexit, en 2016. Twitter n'a toutefois pas agi contre d'autres messages au vitriol de Donald Trump, publiés mardi matin. Pourtant, le président y relayait une théorie du complot contre le présentateur de la chaîne câblée MSNBC Joe Scarborough, selon laquelle cet ancien élu républicain aurait assassiné son assistante parlementaire Lori Klausutis en 2001, sans aucun élément tangible à l'appui.