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Covid-19 : Comment sauver l’écosystème tourisme-artisanat ?

C’est un constat qui n’étonne désormais personne : le Covid-19 a plongé l’industrie mondiale du tourisme dans une paralysie sans précédent, provoquée par les mesures de confinement généralisées et les fermetures des frontières. L’OCDE prévoit ainsi une chute de 70% de l’activité touristique mondiale si les fermetures se poursuivaient jusqu’en septembre 2020.

Compte tenu de l’importance de l’impact du Covid sur l’écosystème tourisme-artisanat, l’Alliance des Economistes Istiqlaliens appelle le Gouvernement à adopter, en urgence, un plan de sauvetage de cet écosystème, constitué de milliers d’unités de production et de distribution de biens et services, et les millions d’emplois acquis et qualifiés qui le composent.

Compte tenu aussi de la complexité et de l’incertitude de l’évolution des marchés et des ramifications économique, financières et sociales de son écosystème, le tourisme a besoin, aujourd’hui plus que jamais, d’un système de veille et de pilotage spécifique. A ce titre, l’AEI recommande la mise en place d’un Comité de suivi et de veille dédié au seul tourisme incluant le gouvernement (plusieurs départements sont concernés), les régions touchées, les professionnels, les syndicats et le système financier (banques, leasing, bourse et fonds d’investissement).

Ce comité doit prendre, au plus vite, les dispositions nécessaires pour permettre à ce secteur stratégique de reprendre ses activités. Ses travaux doivent se poursuivre, au-delà de 2021, pour assurer la sauvegarde des entreprises de tourisme, veiller à la relance du secteur et retrouver, voire dépasser, les niveaux d’activité d’avant 2020. Ce comité veillera à la préparation et au déploiement d’une stratégie de rupture. Il doit s’appuyer sur des outils de veille, de systèmes d’analyse des marchés, de prospective et de gestion des crises.

Sur le même registre, l’AEI recommande d’inclure le tourisme et l’artisanat dans les dispositifs économiques d’urgence aux niveaux national et régional à travers l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d’urgence ‘‘juillet 2020 – décembre 2022’’, pour la mise en œuvre de mesures concrètes pour la réouverture progressive des destinations et équipements touristiques, le maintien d’un remplissage minimum des infrastructures d’accueil, la préservation de l’emploi et la remise en marche la courroie de transmission des richesses, par le tourisme, sur les territoires de notre pays. Aussi, il est important de construire en parallèle, une stratégie permettant à l’écosystème tourisme de s’adapter aux nouvelles donnes post-Covid et prendre en compte la protection sanitaire, la durabilité environnementale, l’inclusion sociale et la transformation digitale dans les dispositifs de redressement et de relance.

Outre les salariés des entreprises structurées, les actions ci-dessous doivent aussi couvrir les artisans, les TPE et les travailleurs indépendants des différents métiers qui constituent l’offre touristique marocaine. Le retour progressif en activité de ces différents métiers déterminera la survie du secteur lors des 12 prochains mois. Ceci demandera un plan intelligent de déconfinement, accompagné de mesures de soutien aux plus vulnérables, non seulement pour leur permettre de survivre, mais aussi de se structurer et mieux se préparer à l’avenir.

Dans ses recommandations, l’AEI plaide pour l’encouragement du maintien des emplois, le soutien de l’activité des artisans et travailleurs indépendants et la protection des groupes les plus vulnérables en prenant rapidement des mesures telles que : exonérer les entreprises concernées, qui préservent une moyenne de 50% de leur salariés entre 2020 et 2021, des charges sociales et fiscales (IR, CNSS) jusqu’à fin 2020, et les réduire de moitié pour 2021 ; réglementer et faciliter le recours au travail à temps partiel et à temps aménagé ; réglementer et promouvoir le travail à domicile et le télétravail pour les fonctions support ; proroger les aides sociales pour préserver les revenus des salariés et les indépendants mis en chômage total ou partiel jusqu’à fin 2021 ; défiscaliser les départs à la retraite anticipée pour les plus de 55 ans, à leur demande.

Aussi, dans un contexte de crise, il est important d’alléger la structure des coûts d’exploitation et la fiscalité frappant les opérateurs du tourisme et d’artisanat pour en assurer la survie et en améliorer la compétitivité : faire un avoir de primes d’assurance sur les risques suspendus pendant la période d’arrêt d’activité et réduire les primes pour les années de reprise (2020 et de 2021); aligner les tarifs d’eau et d’électricité appliqués aux opérateurs du tourisme sur ceux de l’industrie ; inciter tous les bailleurs et les communes à réduire les loyers et les charges locatives de 50% pour 2020 et 2021, dans le cadre d’un élan de solidarité pour sauver ces entreprises et leurs emplois ; permettre une flexibilité sur la gestion des effectifs et salaires pendant les années 2020 et 2021 – travail à temps partiel, congés avancés et congés sans solde ne dépassant pas 3 mois par année (2020 et 2021), partiellement compensés par les aides de la CNSS ; réduire à 3 le nombre des taxes, redevances et droits ayant une incidence sur les transports, les voyages, le tourisme et l’artisanat et alléger leurs taux ; appliquer le système fiscal des auto-entrepreneurs aux micro-entreprises touristiques et artisanales dont le chiffre d’affaire est inférieur à 3 MDH et l’effectif ne dépasse pas 4 salariés, de sorte à les faire passer du secteur informel au formel et les encourager à embaucher ; inciter les entreprises à souscrire aux amnisties fiscale et sociale, sans frais, et reporter le délai à fin 2021 ; et suspendre les Avis à Tiers Détenteur (ATD) et les recours jusqu’à fin 2021.

La reconquête du marché national reste une priorité pour s’assurer la relance escomptée de cet écosystème ô combien stratégique pour l’économie du pays.

H.Z