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«Je me suis rendu compte à quel point les profs sont indispensables»

«Libération» suit cette année trois élèves de première, qui nous racontent chaque mois à tour de rôle comment ils vivent la réforme du lycée. Ce mois-ci, Inès, du lycée Albert-Camus à Nîmes, évoque l'impact de la crise sanitaire sur la fin de son année de première.

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Après la chronique «Bulletin des secondes» l’an dernier, Libération suit cette année trois élèves désormais en classe de première. Cobayes de la réforme du lycée à la sauce Jean-Michel Blanquer, ils nous racontent tous les mois – chacun à leur tour – cette réforme du lycée entre inquiétudes, bonnes et mauvaises surprises. Ce mois-ci, Inès, élève de première au lycée Albert-Camus à Nîmes (Gard), évoque l’impact de la crise sanitaire sur la fin de son année de première.

«Cette année les difficultés se sont un peu cumulées entre la réforme du lycée et la crise sanitaire. D’autant plus que nous, les premières, on est les seuls à avoir un examen maintenu pour l’instant au niveau des collèges et des lycées, l’oral de français. Tout le reste est annulé ou passé en contrôle continu. Ça renforce l’impression de ne pas être pris en compte. Je comprends que ça soit plus compliqué d’annuler cet oral car il n’y a pas vraiment de notes équivalentes, mais forcément, ça m’inquiète. On ne saura que début juin s’il est maintenu, dans ce cas on n’aura pas eu les conditions optimales pour le travailler. On n’a pas eu d’oral blanc, par exemple. On avait travaillé en classe que la deuxième partie de l’épreuve apparue avec la réforme, où l’on doit présenter une œuvre de notre choix, étudiée pendant l’année.

«En tout cas, depuis la fermeture des lycées, je me suis encore plus rendu compte à quel point les profs sont indispensables. Ce n’est pas du tout la même chose de travailler des PDF tout seul qu’avec des profs qui nous expliquent correctement les choses. Les technologies sont amenées à être de plus en plus importantes dans notre vie et dans l’éducation, mais on a bien constaté que ça ne pouvait pas les remplacer. J’ai vu une vraie différence d’apprentissage. Je commence à en avoir marre de travailler à la maison, j’aimerais que tout rentre dans l’ordre, qu’on puisse retourner au lycée mais seulement si les conditions sanitaires le permettent. 

«Je trouve en revanche que c’est une bonne chose d’avoir annulé les épreuves écrites du bac. Le seul aspect qui me dérange est que l’écrit de français était la première épreuve qui comptait autant pour notre bac. C’était une forme de préparation. Heureusement, on a passé un bac blanc dans notre lycée. Mais pour les terminales qui se sont dit "je ne travaille pas trop pendant l’année et je me concentre sur les épreuves finales", ça doit être compliqué. Je n’ai pas raisonné comme ça et avec la réforme du lycée, ça n’incite pas à le faire. Depuis le début, on nous dit de nous concentrer sur le contrôle continu. On y est plutôt favorable pour une fois, mais seulement à cause de ces circonstances exceptionnelles. A contrario, depuis le début, on nous dit qu’on aura moins la pression autour du bac car le contrôle continu est échelonné sur trois séries d’épreuves en première et terminale [les E3C, épreuves communes de contrôle continu, ndlr] mais finalement si on a raté la première, on ne peut plus se rattraper que sur la dernière.

«J’avoue que je suis quand même plutôt contente d’être en première cette année, même si on a eu la réforme du lycée. Pour les terminales qui ont le bac en contrôle continu cette année, il y a la crainte de se dire que leur diplôme vaudra moins que les autres. Malgré tout, j’ai des inquiétudes pour l’an prochain. On ne travaille pas à la même vitesse quand on est seul, donc forcément, on a pris du retard sur les programmes. On va devoir soit le rattraper, soit faire des choix et ne pas tout étudier, c’est dommage. A savoir que dans nos spécialités, on a une épreuve en terminale sur les deux ans, ça risque d’être embêtant.

«Pour les spécialités d’ailleurs, on nous avait demandé de choisir les deux qu’on gardait en terminale de façon presque définitive au second trimestre, juste avant la fermeture des lycées. On a dû le confirmer sur une plateforme en ligne durant le confinement. J’ai choisi de garder SES et HGGSP (histoire-géo, géopolitique, sciences politiques). J’abandonne les maths mais je prends l’option maths complémentaires. J’ai eu un peu de mal à choisir mais je me suis dit que si j’abandonnais les maths, je pouvais toujours le prendre en option alors que pour les SES et HGGSP, c’était assez définitif. C’était mieux d’avoir dû faire un préchoix, comme ça, on a pu en discuter avec nos professeurs mais on n’a pas pu redemander leurs avis pour notre décision définitive. C’est dommage.»