https://www.dakaractu.com/photo/art/default/46589358-37166677.jpg?v=1590576404

COVID-19 ET LE DEPLACEMENT DES ENSEIGANTS VERS LES REGIONS : UN DEPART RATE !

by

Pour la reprise des cours en classe d’examen, à partir du 02 juin 2020, le Ministère de l’Education nationale (MEN), en relation avec celui des Transports terrestres, a décidé d’organiser le déplacement des enseignants. Dans un contexte de COVID-19 très préoccupant, le gigantesque rassemblement des enseignants en partance de Dakar à destination des régions de Thiès et Diourbel, ce mardi 26 mai 2020, était plus qu’ahurissant. 

 

C’est pourquoi, nous nous posons légitimement deux (02) principales questions :

- Le Ministère de l’Éducation nationale a-t-il vraiment planifié le retour des enseignants ?

- N’y-a-t-il pas un gros risque sur le départ en masse de personnes, de l’épicentre de l’épidémie vers l’intérieur du pays ?

 

L’énorme foule enregistrée au Terminus de Sénégal Dem Dikk au rond-point liberté 5 fait froid dans le dos, au regard de la situation actuelle de la COVID-19. Des risques énormes sont pris dans une région telle que Dakar, l’épicentre de la maladie avec environ 60% des cas testés positifs sur tout le Sénégal (MSAS, situation 26 mai 2020). Comment une telle organisation peut-elle être tolérée à Dakar actuellement ? Le Ministère de la Santé et de l’Action sociale (MSAS) a-t-il été associé aux décisions prises pour le déplacement des enseignants ?

 

Par une bonne planification des départs des enseignants on aurait pu éviter des rassemblements à haut risque de propagation du virus. La reprise des cours pour les classes d’examen avait été annoncée dans un communiqué du Conseil des Ministres en date du 29 avril 2020. Par conséquent, le Ministère de l’Education nationale n’avait-il pas assez de temps pour organiser un retour des enseignants plus calme et moins risqué ?

 

Une gestion bien planifiée et plus smart aurait permis :

 

- l’utilisation de la Technologie de l’Information et de la Communication (TIC).  A travers une plateforme du MEN, tous les enseignants pouvaient s’inscrire, en donnant leur adresse à Dakar et leur numéro de téléphone, leur lieu de destination, leur choix du numéro de bus et de son point de départ, le jour et l’heure de départ. Certes, c’est du travail, mais les facilités du moment nous offrent ce privilège et cette opportunité. Par ailleurs, la COVID-19 nous impose également une adaptation de nos comportements et réflexes. Cette approche aurait permis aujourd’hui au MEN et à celui de la Santé de disposer d’une excellente base de données nécessaires pour un éventuel suivi.

 

- la diversification des points de départ à l’intérieur de Dakar. Cela aurait pu éviter des rassemblements pleins de risques. Les bus seraient positionnés sur différents sites stratégiques de départ. Ainsi, chaque enseignant aurait la latitude de choisir le point le plus accessible par rapport à son quartier de résidence. A défaut de cette possibilité, le MEN pouvait faire une répartition à son niveau et des SMS seraient envoyés sur les téléphones portables des enseignants après le tri des données. 

 

Pour les informaticiens et spécialistes en gestion de base de données, c’est une opération très simple et efficace.  

Malheureusement, les images de ce mardi 26 mai 2020, montrent des centaines d’enseignants venus, sans nul doute, de tous les quartiers de Dakar pour se retrouver à la même heure au même endroit. Alors que le virus est apparemment bien distribué dans tous les quartiers de Dakar actuellement. S’il y’avait une bonne planification du retour des enseignants, l’approche du MEN serait différente, après l’analyse de ses données croisées avec celles du Ministère de la Santé et de l’Action sociale (MSAS), sur situation de la COVID-19.

 

Vu la situation de l’épidémie dans la région de Dakar, tout le reste du Sénégal serait dangereusement exposé aux risques de contamination. Le Sénégal n’est-il pas un pays de contradictions par excellence ? 

 

En effet, nous venons juste de sortir des fêtes de Korité, beaucoup de personnes vivant à Dakar n’ont pas pu faire le déplacement vers les régions à cause de l’arrêt de l’octroi des autorisations spéciales de circuler. A la veille de ces fêtes, le Ministère de l’Intérieur avait constaté que l’essentiel des demandes venait de ceux qui habitent Dakar et ses environs. 

 

Par conséquent, voulant éviter tout risque d’exportation du virus vers les régions, le Ministère a suspendue jusqu’à nouvel ordre la délivrance des permis de circuler.

Il faut reconnaitre qu’il y’a eu un relatif « confinement spatial du virus » obtenu grâce à l’interdiction des transports inter-urbains de personnes. Cependant, ce résultat pourrait voler en éclats, après plus de deux mois de lutte acharnée et de sacrifices, à cause de la reprise des classes.

 

La rigueur et la cohérence dans la prise de décision et la gestion des affaires publiques doivent être améliorées. Les erreurs dans la gestion du retour des enseignants pourraient être un énorme précipice dans la lutte contre COVID-19. Les risques d’une exportation et dissémination du virus sont réels. Les territoires ruraux jusqu’ici moins touchés seront très exposés. Si nous ne procédons pas par intelligence dans l’action et par parfaite coordination entre différents acteurs et Ministères, cette guerre contre COVID-19 pourrait être très longue, à moins qu’une hypothétique immunité collective vienne nous sauver. Pour le moment le vaccin contre le virus est dans la protection individuelle et collective.

 

Momath Talla NDAO