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Un technicien d'un laboratoire californien de Gilead inspecte des flacons de remdesivir, testés contre le SARS-CoV-2.(Reuters)

Essai clinique, randomisation, groupe témoin... Le lexique pour comprendre les études sur le coronavirus

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Face à l'urgence de trouver un remède contre le nouveau coronavirus, les publications scientifiques se multiplient et des termes techniques sont de plus en plus nombreux dans l'actualité. Voici le lexique pour tout comprendre.

Depuis l'apparition du nouveau coronavirus fin 2019 en Chine, pas un jour ou presque sans qu'une nouvelle étude scientifique ne fasse parler d'elle. Il y a les recherches décriées de l'infectiologue Didier Raoult sur l'hydroxychloroquine, les articles contradictoires sur l'intérêt du remdesivir mais aussi des études en apparence plus insolites, comme celle qui suggère que les anticorps des lamas pourraient être utiles. En tapant "Covid-19" dans le moteur de recherche spécialisé Pub-Med, on obtient 15.888 données bibliographiques consacrées au sujet.

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Avec cette avalanche d'études, des termes scientifiques s'introduisent de plus en plus dans le débat public. Du connu "placebo" au technique "randomisation", il y a de quoi être perdu. Voici quelques mots à connaître pour comprendre ces essais qui font l'actualité.

Essai clinique

Rien qu'en France, 57 études thérapeutiques sur le Covid-19 ont été autorisées par les autorités sanitaires, selon le ministère de la Santé. Mais de quoi parle-t-on? Un essai clinique ou thérapeutique vise à évaluer l'efficacité d'un traitement pour soigner une maladie. Selon les phases de l'essai, il peut s'agir de tester l'efficacité, de mesurer la tolérance du patient à ce produit, de le comparer à une autre molécule ou encore de vérifier ses effets à long terme. Ce sont des expériences réalisées chez l'homme et le détail est d'importance : il est fréquent, en effet, que des essais en laboratoire obtiennent des résultats qui ne se reproduisent jamais en conditions réelles. 

Mais il existe beaucoup d'autres types d'études scientifiques. Par exemple, l'étude récemment publiée par la revue The Lancet sur l'efficacité de la chloroquine, est dite observationnelle : elle se fonde sur l'analyse de statistiques. 

"Pré-print" contre "validation par les pairs"

Avant de publier un article scientifique, les revues le font en général relire par un comité de lecture. Ces chercheurs vont vérifier la rigueur de la démonstration et de la méthodologie. Ils peuvent demander des précisions voire refuser un travail peu convaincant. C'est ce qu'on appelle la validation par les pairs. Sans être une garantie de qualité, il s'agit d'un gage de sérieux.

Cette relecture est un long processus. Alors, parfois, les chercheurs s'en affranchissent et partagent leurs données en libre-accès. Un moyen de gagner du temps avant la parution de leur article dans sa version définitive, ou bien de faire connaître un travail qui n'aurait pas été accepté par un journal scientifique. On parle alors de "pre-print".

Parmi les principales plateformes de "pre-print", on trouve arXiv, spécialisée en physique et mathématiques, MedRxviv (santé et médecine) et BioRxviv (biologie). Face à l'urgence de trouver un traitement contre le Covid-19, les scientifiques ont cherché à diffuser au plus vite leurs découvertes préliminaires et ces deux derniers sites ont été très sollicités... au risque de multiplier les prépublications hasardeuses. Un exemple : le 31 janvier, une étude indienne mise en ligne sur bioRxiv repérait des similitudes entre la séquence génétique du SARS-CoV-2 et celle du VIH. Vivement critiquée, elle a été retirée par ses auteurs... trop tard pour empêcher des théories conspirationnistes de se développer.

Revues scientifiques

Les revues scientifiques sont des titres de presse spécialisés où les chercheurs peuvent faire connaître leurs travaux. Deux indices permettent de savoir si une revue est sérieuse et reconnue : la validation par les pairs et le "facteur d'impact". Il s'agit du nombre de fois où les articles de cette revue ont été cités par d'autres chercheurs.

En médecine, les revues les plus prestigieuses sont la britannique The Lancet, l'américaine New England Journal of Medicine (ou NEJM), le British Medical Journal (ou BMJ) et le Journal of the American Medical Association (ou JAMA).

Groupe contrôle ou groupe témoin

Pour être solide, un essai clinique doit remplir plusieurs critères. En premier lieu, il doit être contrôlé. Cela signifie qu'un groupe de patients va recevoir un traitement et qu'un autre, appelé groupe témoin ou groupe contrôle, ne le recevra pas. Les deux seront ensuite comparés.

Cette étape permet de distinguer les évolutions qui sont dues à la maladie et celles qui sont liées au traitement. C'est notamment l'absence de groupe témoin qui a été reprochée à l'infectiologue Didier Raoult dans deux de ses trois études sur la chloroquine. Dans sa troisième publication, 91,7% des 1.061 patients traités avec une combinaison d'hydroxychloroquine et d'azithromycine ont récupéré rapidement. Mais en l'absence de groupe contrôle, impossible de déterminer si cette guérison est liée à l'antipaludéen ou pas. D'autant que la majorité des malades guérissent spontanément du Covid-19.

Randomisation et inclusion

Deuxième étape indispensable : la randomisation. Ou, en bon français, la sélection par le hasard. Les deux groupes de patients doivent avoir des profils comparables. Pas question, par exemple, d'avoir une majorité de personnes jeunes et en bonne santé dans un groupe, et une majorité de personnes présentant des comorbidités dans l'autre. Pour éviter tout biais, la répartition s'effectue alors par tirage au sort. Les auteurs de l'étude déterminent également des critères d'inclusion spécifiques selon ce qu'ils recherchent et peuvent choisir par exemple de sélectionner seulement une catégorie d'âge, de genre, etc.

Essai en double-aveugle

Idéalement, un essai clinique est conduit en double-aveugle : le patient ne sait pas dans quel groupe il appartient et le médecin non plus. Pourquoi cette précaution? Elle permet d'éliminer des biais. Par exemple, si un médecin est convaincu de l'efficacité d'un remède, il risque de mesurer l'évolution des symptômes avec subjectivité, ou il pourrait favoriser certains patients, dont il jugerait l'état plus grave. De même, un malade qui se sait traité avec une molécule dans laquelle il n'a pas confiance prêtera peut-être davantage attention à ses douleurs, inconsciemment.

Dans la pratique, les essais en double-aveugle ne sont pas toujours possibles. Les chercheurs se contentent parfois d'un simple aveugle, où seul le patient ignore la nature de son traitement. Il existe aussi des études en triple aveugle : le chercheur qui analyse les résultats ne sait pas quel groupe a reçu quel type de traitement.

(Effet) placebo

Parfois, le simple fait de prendre un traitement et de se croire bientôt guéri entraîne une amélioration des symptômes. C'est ce qu'on appelle l'effet placebo, un effet positif d'un médicament qui n'est pas lié aux propriétés chimiques de celui-ci. L'effet inverse est l'effet nocebo. Une forme d'autosuggestion chez le malade.

 "Les chercheurs administrent régulièrement au groupe témoin un placebo, un produit qui présente toutes les caractéristiques du traitement mais sans la molécule en question. En comparant un groupe ayant reçu un placebo au groupe testé, les chercheurs peuvent donc mesurer l'impact réel de la molécule étudiée.