Civilisés en CIUSSS!

«Les chaînes de l'humanité sont en papiers de ministères» – Kafka

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Ça se passait à Québec en 2017. Un CIUSSS est tombé comme un orage sur la tête de neuf délinquants d'un CHSLD qui savouraient de temps en temps une boisson gazeuse gratuite. 

Leur petite vie avait peu d'importance en regard de l'abus financier constaté par les bureaucrates. 

Ils avaient sans doute jugé que les soiffards rhumatisants étaient déjà favorisés par une vue imprenable sur la cour de La Broussaille, un établissement rose comme une fesse dont la clientèle appréciait moins le buffet que le service... 

Le CIUSSS avait mobilisé un commando de somnambules budgétivores pour interdire le Coke, le Seven-Up ou le Cream Soda gratos, avant de se raviser quand l'affaire fut éventée... 

Cette anecdote n’a rien à voir avec l’actuelle pandémie, je sais. Mais elle donne de la perspective au marasme actuel. 

De même, l’idéal déçu de ce jeune fonctionnaire qui, exemplairement consciencieux, dût demander par écrit le mot de passe donnant accès à la lecture de la mission ministérielle.  

Un formulaire officiel a d'abord été acheminé à un supérieur empesé qui la refila, selon la procédure, au Pony Express du courrier interne... 

Au retour de la diligence, deux jours plus tard, on lui donna un mot de passe ainsi que toute la politique reproduite sur 200 pages, format 8 1/2 x11. 

«Ça nous sert de reçu», a expliqué une autocollante née pour la retraite. 

Je sais, ça non plus, ça n’a rien à voir avec la pandémie, mais ça permet de prendre le pouls de l'État-providence qui s’offre en spectacle ces temps-ci.  

Ajoutons-y les confidences d’un fonctionnaire à l’aube de la retraite: il croyait pouvoir travailler à son rythme, faire ce qu’il aurait pu faire toute sa vie... 

Au lieu de six dossiers par jour, il se mit à besogner sans les compter. Il compatissait depuis longtemps envers ceux qui attendaient un chèque... 

Il finit par en liquider aisément dix, douze quotidiennement. Mais il ne respectait plus le quota officieux, deux fois moindre, auquel étaient astreints les fonctionnaires anonymes comme lui. 

Un délégué syndical l’a convoqué, réprimandé, engueulé à huis clos: il menaçait le concept de «plancher d’emploi»... 

Ça non plus, ça n’a rien à voir avec la pandémie, je sais bien. 

Mais chacune de ces conduites est évidemment absurde, teintée de duplicité et facilement multipliée à l’infini. 

Ça donne une idée de l’épaisseur du mur devant lequel François Legault a l'air d'un pèlerin de Jérusalem. Ça permet de comprendre les suppliques et les génuflexions. 

Ça donne aussi un aperçu de l’avenir...