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Khadija Sansar est experte en communication et médias.

[La tribune de Khadija Sansar] La guerre des fake news a lieu

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Depuis quelques années, les informations mensongères déstabilisent les situations dans plusieurs pays. Les calculs politiques, ainsi que les guerres intestines entre les lobbys ont créé de nouvelles lois du marché de l’information. Et comme l’information a son poids qui pèse en stabilité et en confiance, des vedettes de fake news sont nées. En politique où la concurrence est parfois déloyale, il semblerait admissible de voir ce phénomène, mais que la fausse information se mêle de la santé des citoyens, cela devient un grand scandale.

En plus de la contamination de 5millions de personnes par covid-19 à travers le monde, une profusion d’informations autour de la pandémie n’a pas échappé à cette vague d’intox inventées et cousues de toute pièce. Désormais la peur, sentiment d’insécurité, l’imminence permanente du danger et le flou autour du virus poussent le citoyen à croire n’importe quelle information et n’importe qui, ce qui fait que des contrevérités voient le jour face à la panique largement généralisée.

 Une psychose informationnelle est née !

Si nous même, qui sommes dans la communication, tombons parfois dans ce dilemme de «qui a dit quoi ? et quelle en est la source ?», que ferait l’homme lambda ? Parfois la personne présumant crédible tombe elle-même dans le piège et, par précipitation, diffuse malheureusement la fausse information qui aura un impact désastreux car n’étant pas passée par les étapes logiques de l’identification de la valeur d’une source !

Certes la presse digitale connait une effervescence depuis quelques années, mais l’une des tares dévoilées avec la naissance de certains sites est celle de vouloir souvent et à tout prix avoir l’exclusivité de l’information, ou le scoop sans daigner vérifier la véracité de ce que l’on nous raconte ou l’image qu’on nous montre ou envoie.

Rumeur, quand tu nous tiens !

 Selon le Larousse, «une rumeur est un bruit qui se répand dans le public, dont l’origine est inconnue ou incertaine et la véracité douteuse». D’après Wikipédia, «une rumeur est un phénomène de transmission large d’une histoire à prétention de vérité et de révélation par tout moyen de communication formel ou informel». DE La rumeur, Edgar Morin dans son fameux livre “La rumeur d’Orléans” nous en a brossé tout un tableau, en mettant en avant la magie de faire d’une rumeur une histoire que tout le monde a cru vraie! 

Face à la rumeur qui est aussi vieille que le monde, les humains ont toujours cherché à sortir du lot en laissant libre cours à leurs imaginations et à leurs néologismes. Les objectifs diffèrent. Certains en font pour s’amuser, d’autres pour semer la peur, d’autres encore y recourent pour exécuter un agenda particulier….

De qui émane l’information ? une question qu’il aurait fallu poser avant de diffuser la moindre des   informations. Nous le savons tous, chaque pays à son agence officielle de presse  qui  est le canal crédible de toute  diffusion officielle, sauf  que l’ordre normatif de l’information a changé de ce que nous avons appris dans nos études de journalisme. Aujourd’hui, nous entendons plutôt parler « de source confirmée qui préfère garder l’anonymat», d’un «haut responsable», d’une source proche du dossier  et c’est là  où nous donnons libre cours à des scénarios et des  réalisations  dignes de films de science-fiction.

L’atterrissage est douloureux quand ces intox font des victimes et c’est le cas actuellement durant cette crise sanitaire que connait le monde entier. Plusieurs pays ont été  touchés par le covid-19 mais aussi par le phénomène des fake news: la photo du lion lâché en Russie pour dissuader les gens à ne pas sortir, la corrélation entre le  covid-19 et la 5G (USA), le prêtre italien qui aurait sacrifié son masque respiratoire pour un patient plus jeune, les colis en provenance de Chine qui auraient  exporté le virus, le personnel et les clients  de tout un Riad qui seraient contaminés à Taroudant (Maroc), L’image de CNN parlant du Nigeria qui aurait déclaré de faux cas de coronavirus afin de détourner des fonds, la soi-disant année blanche éducative au Maroc, le Gabon qui aurait  reçu de la France des vaccins contre le Covid-19, «l’inexistence du Coronavirus», «les bananes permettant de guérir du Coronavirus», les thèses sur «le Coronavirus est un complot », «le Coronavirus a été envoyé par Dieu pour punir l’humanité»…. Et l’avalanche continue ! 

Les réseaux sociaux, une nouvelle religion

 Les 3,5 miliiards d’utilisateurs actifs et addicts des réseaux sociaux sur la planète ne cessent de fabriquer et de relayer de fausses informations tous azimut. La vulnérabilité des citoyens face à ce virus redoutable et la fragilité de la nomenclature psychique de la majorité a malheureusement joué un grand rôle dans la propagation de fausses informations. Même entre médecins et spécialistes en la matière, le consommateur se retrouve perdu dans le dédale des interprétations et des témoignages qui ont accompagné le début de cette pandémie et ce n’est pas prêt à discontinuer. Qui croire et qui ne pas croire surtout ? Or, to believe or not to believe, c’est toute la question de l’info aujourd’hui !

Le nouveau pacte social réalisé par excellence est celui qui se produit via les réseaux sociaux notamment sur Facebook, twitter et WhatsApp. Les images diffèrent et les montages de fausses alertes a fait grimper le baromètre.

Dans presque tous les pays, on a rapporté des scénarios similaires: ici, un ami médecin ou une cousine infirmière aurait appelé à la vigilance et prôné des recettes miraculeuses contre le virus ; là, un parent très haut placé criait au pessimisme en exhibant des chiffres erronés, des scénarios à même de déstabiliser les aventuriers de l’arche perdue.

Il s’agit plus de ‘Bad buzz’ qui, malheureusement, ne fait que déstabiliser des citoyens désemparés, déboussolés, fragiles, hypocondriaques et même normaux. 80% des fake news auraient été lancés via Facebook ou twitter. Les chiffres sont alarmants et l’analyse dans les prochaines semaines nous en dira plus.

L’infodémie à son apogée

L’influence est un des outils les plus puissants de l’intelligence économique, sauf que cette influence n’est pas l’apanage de l’économie: elle concerne aussi les autres secteurs où influencer, impacter, convaincre ou dissuader s’avèrent primordiaux. La première arme de cette influence serait l’Information avec un grand (I). Mais avec cette crise sanitaire, la désinformation, l’intox remplace souvent l’information vraie dont la source est crédible, plausible et vérifiable.

Des fakes news, des fake influenceurs, des fakes comptes Facebook ou tweeter ont vu le jour depuis le début de la pandémie et nous avions eu droit à une désinformation massive telle une bombe qui a été orchestrée et lancée par les artisans de la désinformation et les «clikeurs». Il a même été prouvé que la moitié des comptes qui tweetent sur le covid19 ne sont rien d’autre que des robots.

Dans ce monde matérialiste, où nous cherchons l’influence à tout prix et où les clicks et les engagements font loi, nous n’y voyons que de l’argent. Des sites se font de grandes audiences en annonçant ces fakes news avec en face une opinion publique vulnérable et fragile prête à s’accrocher à n’importe quelle information. L’opinion publique demeure une consommatrice fidèle de l’information si erronée soit elle.

En Afrique, le schéma n’est guèrr mieux. Plusieurs supports à Brazzaville sont tombés dans le piège des fake News. La guerre informationnelle déclenchée entre journalistes, lanceurs d’alertes et actifs des réseaux sociaux, rend l’exercice d’informer très complexe.

Le Sénégal et le Kenya, conscients du danger que représentent les fakes news face à la gestion de cette crise sanitaire, ont prévu de sanctionner par amende toute personne colportant de fausses informations. D’ailleurs, des assignations à comparaitre aux bureaux de la police d’auteurs de fake news ont déjà été enregistrées au Sénégal comme cela a été le cas au Maroc où plus de 80 diffuseurs de fausses informations sont poursuivis en justice depuis le début du mois de mai.

Toujours au Maroc, un cas d’école dans la gestion de cette pandémie, l’état invite les citoyens à se tenir à suivre les informations officielles mises en ligne et présentes dans les différents supports officiels et sérieux que cela soit à la Maghreb Arab Presse (MAP, agence de presse officielle du Maroc), dans les télévisions, les radios et les WebTV tout en se donnant un rendez-vous quotidien avec le direct du ministère de la Santé pour un bilan quotidien devant les journalistes.

Fact Checking ou la chasse aux sources fiables

Si la Radio-Télévision belge de la Communauté française (RTBF) reconnait que les fake news sont davantage partagées par les 65 ans et plus, le cas n’est pas le même ailleurs. Par exemple dans des pays d’Afrique, les fake News sont plutôt partagées par une tranche de jeunes qui restent aux aguets de toute information /désinformation.

Comment luter donc contre le phénomène ? Comment ne pas se laisser influencer par cette Infodémie anxiogène qui sévit partout ?

Les géants des réseaux sociaux se mobilisent. Twitter a retiré, depuis mars dernier, presque 2000 tweets et a même commencé à utiliser l’étiquetage des fakes news. Facebook, quant à lui, avec l’aide de ses partenaires, a labellisé 40 millions de fausses informations après vérification. Ces tweets diffusent des informations fausses, trompeuses ou contestées, qui seront clairement labelisées par twitter.

En côte d’ivoire, Israel Guebo a lancé depuis mars une web Radio sur WhatsApp et Facebook pour contrecarrer les fausses informations sur la pandémie. Au Maroc, la MAP fait le tri entre l’information vraie et l’intox. Ainsi, Ghassan Benchheiba, un exemple de ces jeunes africains  qui éclairent l’opinion publique par des alertes fiables, traque et démonte les fake sur une page bien réfléchie et ciblée qu il a intitulée “Tahakak Verifie”.    

Devrions nous signaler les fake News ou mettre l’accent sur les informations fiables, crédibles voire officielles ? L’enjeu entre la publication d’une nouvelle information et  l’annonce d’une fausse alerte est devenu un jeu avec cette crise sanitaire

Facts  Checking, chasseurs de Trolls et cyber sécurité, la cyber guerre au fake News a bien  commencé| !