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Dominic Cummings, conseiller spécial de Boris Johnson, donne une conférence de presse dans les jardins de Downing Street, lundi à Londres.
Photo Jonathan Brady. Pool. Getty Images. AFP

Dans le jardin de Downing Street, le conseiller spécial Dominic Cummings ne regrette rien

Le conseiller spécial du Premier ministre britannique Boris Johnson a donné une conférence de presse extraordinaire au cours de laquelle il a confirmé avoir rompu les règles du confinement, mais estimé avoir agi «raisonnablement» et ne rien regretter.

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Pas de regrets, pas d’excuses, pas de démission. Un instant, Dominic Cummings a semblé désarçonné, presque interloqué par la question. Non, il n’a pas «offert sa démission ou pensé à la présenter». Parce qu’il ne voit absolument pas pourquoi il aurait dû. Il l’a dit et répété : «J’ai agi raisonnablement.»

Le décor en soi était extraordinaire : le jardin de Downing Street, le «Rose Garden», où se déroulent d’habitude des rencontres historiques entre chefs d’Etat et de gouvernement. Le président américain Barack Obama et l’ancien Premier ministre britannique David Cameron y avaient dégusté un barbecue il y a presque exactement neuf ans.

Dominic Cummings est arrivé, une bonne demi-heure en retard, et s’est installé en bras de chemise, sous les ombrages, au bord d’une jolie table de jardin. Le conseiller spécial non élu du Premier ministre britannique Boris Johnson venait s’expliquer devant la presse, son patron ayant totalement échoué la veille à éteindre l’incendie de ce qu’on surnomme de plus en plus le «DomGate». Le code de conduite des conseillers spéciaux implique une discrétion absolue et la consigne de ne pas s’exprimer en public. Ces consignes devront donc être réécrites.

Admirer les jacinthes

Pendant plus d’une heure, Dominic Cummings, la voix parfois un peu nouée, a confirmé avoir réécrit pour lui-même les règles du confinement établies par le gouvernement pour lequel il travaille. Le Spads (pour Special adviser) a expliqué avoir, à trois reprises, rompu les règles d’isolation absolue à son domicile en cas de symptômes du Covid-19. Fin mars, alors que sa femme et lui-même avaient développé des symptômes, il a jugé prudent de conduire 420 kilomètres depuis Londres, d’une traite et dans la nuit, pour aller s’installer chez ses parents, qui vivent dans une ferme de plusieurs bâtiments à Durham. «J’ai agi selon mon meilleur jugement, dans des circonstances difficiles», a-t-il expliqué. Avant de prendre la route, il avait fait plusieurs allers-retours entre le 10 Downing Street, où se trouvait le Premier ministre malade du Covid-19, et son domicile, où se trouvait sa femme, elle aussi malade. Il n’avait alors pas informé Boris Johnson de sa décision de filer vers le nord.

Le 12 avril, jour de Pâques, alors qu’il se sentait un peu mieux après avoir été «très malade», il a décidé de conduire 50 kilomètres vers Barnard Castle, un coin touristique. But de cette sortie : «tester ma vision qui était un peu troublée». Son fils se trouvait sur le siège arrière et à ses côtés était assise sa femme, Mary Wakefield, journaliste au magazine conservateur The Spectator et dont c’était, coïncidence, l’anniversaire. Il semble qu’elle ne possède pas de permis de conduire. Conduire 50 kilomètres avec une vision troublée et un enfant de quatre ans sur le siège arrière pourrait ne pas être considéré comme complètement raisonnable, mais apparemment pas pour Dominic Cummings, qui a répété à de multiples reprises «j’ai exercé mon jugement et agi raisonnablement». Il a même jugé utile de confirmer une pause pipi pour son fils au bord d’une rivière, dans un petit bois, le temps d’admirer les parterres fleuris de jacinthes. Le lendemain, il conduisait les 420 kilomètres de retour vers Londres.

Questions incisives

Cette conférence de presse inédite avait été organisée à la hâte, face à la colère grandissante du public mais aussi d’un grand nombre de députés conservateurs, inondés de lettres furibondes de leurs électeurs. Les questions des journalistes ont été incisives, parfois très agressives. «En quoi êtes-vous si différents de ces milliers de gens qui n’ont pu aller aux funérailles de leurs proches, de ces parents qui n’ont pu accompagner le traitement du cancer de leurs enfants, que pouvez-vous leur dire ?», a lancé Beth Rigby, journaliste de Sky News. Rien. Dominic Cummings n’a rien pu leur dire, si ce n’est insister à plusieurs reprises qu’il «ne faut pas toujours croire ce qui est écrit dans les médias». Même s’il venait de confirmer, point par point, toutes les informations révélées vendredi par le Daily Mirror et le Guardian.

Il a simplement expliqué espérer que «maintenant que mes circonstances exceptionnelles sont connues, le public comprendra». Le pari est risqué.