EPO, cancer, Michele Ferrari, son beau-père violent: les dernières «vérités» de Lance Armstrong

De la maltraitance de son beau-père aux «bienfaits» de l’EPO, Lance Armstrong livre sa vérité dans un documentaire produit par ESPN dont le premier volet a été publié ce dimanche soir. Compte rendu.

«Je ne vais pas vous mentir, je vais vous dire ma vérité.» Sept ans après avoir avoué s’être dopé lors d’un entretien avec la star de la télévision américaine Oprah Winfrey, Lance Armstrong s’est donc à nouveau livré à l’exercice de la confession face caméra, dans «Lance».

Basé sur une série d’interviews menées en 2018 et 2019 par la réalisatrice Marina Zenovich, le premier volet de «Lance», un documentaire de 3h20, a été diffusé ce dimanche soir sur la chaîne sportive américaine ESPN. Un premier chapitre dans lequel le Texan aborde sa première vie, celle qui s’est arrêtée en 1996 à cause d’un cancer des testicules.

Évoquant ainsi une enfance marquée par l’absence d’un père et la violence d’un beau-père qui le frappait «pour un tiroir laissé ouvert», Lance Armstrong raconte à quel point il s’est vite battu pour obtenir ce qu’il voulait. Quitte à transgresser les règles. Exemple dès 15 ans où il a pour la première fois enfreint des règles en utilisant un faux certificat de naissance pour s’inscrire à un triathlon: «Il fallait avoir 16 ans... Falsifier le certificat, participer illégalement et battre tout le monde.»

J’ai toujours su ce qu’il y avait dans les injections et c’est toujours moi qui ai pris la décision.

Dopé dès sa première saison professionnelle, l’homme revient sur sa routine de l’époque. Sans sourciller.

«Est-ce que nous recevions des injections de vitamines et d’autres choses comme ça? Oui, mais ce n’était pas illégal, assure-t-il. Et j’ai toujours demandé ce qu’on me donnait. J’ai toujours su ce qu’il y avait dans les injections et c’est toujours moi qui ai pris la décision.»

Presque fier de ne pas être le mouton, l’Américain de 48 ans, qui a commencé par prendre de la cortisone pour améliorer ses performances, souligne même que se doper faisait partie d’une démarche personnelle: «Personne ne m’a jamais dit: «Ne pose pas de question, on te donne ça et c’est tout.» Je n’aurais jamais accepté ça. Je me suis renseigné.»

Un premier volet (déjà) critiqué

Très attendu par une partie du public, le premier volet de «Lance» a également été pas mal critiqué.

En effet, outre l’arrogance affichée de l’ancien champion du monde, le documentaire irrite de nombreux observateurs qui n’acceptent toujours pas la tribune accordée au tricheur texan.

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Pointé du doigt également pour son montage - une scène où l’ancien septuple vainqueur du Tour de France aligne les «Fuck you» en direction de ses haters fait beaucoup parler d’elle sur les réseaux sociaux - «Lance» laisse pantois sur les fameuses «vérités» d’Armstrong.

Et pour cause, quel crédit peut-on donner à un homme qui, sept ans après avoir assuré à Oprah Winfrey s’être dopé pour la première fois en 1996, se contredit aujourd’hui en confirmant l’avoir déjà fait en 1992?

Citant Eddy Merckx (qui lui a présenté le sulfureux docteur Michele Ferrari) et son fils Axel dans ses interviews, Lance Armstrong précise qu’il n’a commencé à travailler avec le spécialiste italien qu’à partir de 1995.

«Il (Michele Ferrari) était direct mais ça me convenait, raconte-t-il. Je lui disais toujours «J’ai entendu que quelqu’un faisait ci ou ça. Devrions-nous y penser?» Et il me disait: «Lance, tout ce dont tu as besoin, ce sont des globules rouges.» L’EPO s’est transformé en transfusion sanguine. Et c’est tout.»

Certainement toujours aussi grisé par l’attention qu’on lui porte encore actuellement, l’ex-chef de file de l’US Postal va même jusqu’à défendre la prise d’EPO: «Ce que je vais dire ne sera pas populaire, mais à bien des égards, c’est un produit sûr. Tant que vous l’utilisez avec parcimonie, en quantité limitée, sous la surveillance d’un médecin professionnel. Il y a des substances bien plus dangereuses à injecter dans votre corps.»

En 1994, quand j’ai porté ce maillot de champion de monde, je me faisais botter le cul chaque jour, toute l’année. L’EPO, c’était un autre niveau, les bénéfices étaient énormes. Le sport est passé d’un dopage de faible niveau à ce dopage-là.

Toujours champion du monde sur route (un des rares titres qui ne lui a pas encore été retiré) après sa victoire surprise à Oslo, en 1993, Lance Armstrong est également revenu sur son cancer. Selon lui, il n’est pas impossible que sa maladie soit liée au dopage.

«Est-ce que le dopage a provoqué mon cancer? Je ne sais pas. Je ne pourrais pas vous dire que ce n’est pas le cas car je n’en sais rien. La seule chose que je peux vous dire, c’est que la seule fois de ma carrière où j’ai pris des hormones de croissance c’était en 1996. Donc, dans un coin de ma tête, je me pose la question.» Une question qui ne le fera pas réfléchir pour autant sur la possibilité de reprendre ses sales habitudes lors de son retour sur le circuit professionnel.

À la question de savoir s’il a hésité avant de se doper à nouveau après sa guérison, la réponse de l’ancienne star est franche: «Non.» Le tout dans un sourire qui en dit long.