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L’urgent et le nécessaire

Jean-Luc Crisinel réagit à la mise en place des distributions de sacs de vivres à Genève.

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Lorsque survient un accident de la
route, police et ambulance interviennent aussi rapidement que possible. Les blessés reçoivent les soins
d’urgence, puis sont emmenés à l’hôpital; leur survie peut en dépendre. Pour
la police, l’urgence sera de sécuriser les
lieux et de sauvegarder les éléments
matériels permet-tant, ensuite, la nécessaire reconstitution du déroulement
de l’accident, dans le but d’établir les
responsabilités; ensuite aussi se manifestera pour l’hôpital la nécessité de
savoir quelles assurances couvrent les
personnes hospitalisées.
Nous avons cette chance que les
choses soient suffisamment rodées
pour que les intervenants sachent généralement faire clairement la distinction entre l’urgent et le nécessaire. Mais
il est d’autres situations où, manifestement, ce n’est pas le cas.
Il y a quelques jours, la télévision
nous a montré une chose qui nous paraissait jusque-là impossible: une
longue file d’attente de personnes qui
attendaient pour recevoir quelque
chose à manger. Conscients de l’urgence (et, plus que le commun des mortels, de leurs responsabilités), des bénévoles ont mis sur pied une distribution
de sacs de vivres de première nécessité.
L’émission se poursuit avec l’interview
de deux hommes politiques (en relation
avec cette situation), dont l’un proclame avec conviction: «Il faut relancer
l’économie le plus vite possible».
Quel décalage entre l’urgent et le
nécessaire!
Oui, il est certainement nécessaire
de relancer l’économie (reste à savoir
quelle économie!), mais n’y a-t-il pas
urgence à trouver et à développer les
moyens de nourrir ceux qui n’ont plus
rien et qui ont faim?
Qu’aurions-nous dit d’un Conseil fédéral qui, face au développement de la
pandémie, se serait contenté de dire:
«Nous allons investir dans la recherche,
afin d’accélérer la mise au point d’un
vaccin protégeant la population, et de
médicaments permettant de soigner les
malades.»?
Il y avait des mesures urgentes à
prendre, et le Conseil fédéral a su les
prendre; merci à lui ! D’autres urgences
apparaissent, merci et bravo à ceux qui
montent au front!
Une dernière chose. Il est toujours
plus facile de brandir la nécessité (sous
forme de grands principes ou d’articles
de loi) que de répondre à l’urgence,
même toute proche: ceux qui ont eu à
cœur de venir en aide aux plus démunis… ont commencé par avoir des ennuis avec l’autorité. Ou quand la nécessité d’une autorisation passe avant
l’urgence de la faim…
Il me paraît nécessaire que les événements que nous vivons bousculent
quelques habitudes. Et quelques certitudes (les «religions» d’aujourd’hui ont
aussi leurs dogmes!).

JEAN-LUC CRISINEL,
Lutry (VD