Mont Orford : Québec effaçait une « erreur » en 2010

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MAGOG — Le gouvernement de Jean Charest avait engendré une véritable tempête en 2006 quand il avait amputé le parc national du Mont-Orford d’une partie de ses terres, plus précisément celles hébergeant la station Mont Orford. Le 25 mai 2010 cependant, il avouait en quelque sorte son erreur puisqu’il réintégrait les 459 hectares qui avaient été retranchés à l’aire protégée grâce à la loi 90. Retour sur une saga historique.

Avec sa conjointe Gisèle Lacasse-Benoit et de multiples autres compagnons d’armes, l’ancien député d’Orford, Robert Benoit, s’est investi à fond dans le combat pour obtenir la réintégration des terres qui avaient été retirées du parc du Mont Orford. Il est persuadé que la bataille menée pour faire reculer le Parti libéral du Québec, dont il a été président à une époque, était légitime.

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« Voilà déjà dix ans que les terres ont été retournées dans le parc. On peut se poser différentes questions, aujourd’hui, par rapport à cette bataille. Mais une chose est évidente pour moi et c’est qu’on avait bien fait de se lancer là-dedans », déclare d’entrée de jeu M. Benoit.

L’ancien député d’Orford et ses compagnons de lutte s’étaient regroupés sous la bannière de SOS Parc Orford. L’objectif de tous les membres de ce groupe était de faire en sorte que les terres redeviennent un bien public.

« La bataille qu’on a menée dans le temps a été dure, se souvient Robert Benoit. On nous avait entre autres traités d’Ayatollahs de l’environnement. Mais on avait des convictions profondes et on était déterminés à obtenir ce qu’on voulait même si ça signifiait qu’on se retrouverait avec du plomb dans les fesses. »

M. Benoit ajoute que sa conjointe, qui était la figure de proue de la contestation à l’époque, avait reçu des lettres anonymes au contenu déplorable en raison du travail de sensibilisation et de mobilisation qu’elle effectuait. « On lui avait dit qu’elle n’avait jamais travaillé de sa vie et qu’elle ne voulait que protéger son jardin à elle. Par contre, de notre côté, on faisait attention aux attaques personnelles. »

SOS Parc Orford et ses alliés, dont l’humoriste Clémence DesRochers et l’auteure Marie Laberge, auront été forcés d’afficher une détermination à toute épreuve puisque le gouvernement Charest n’avait nullement l’intention de faire marche arrière au début. 

« Il y avait de la solidarité autour du premier ministre dans ce dossier. Mais, derrière des portes-clauses, les gens nous disaient que le retrait des terres du parc du Mont-Orford avait été une erreur », révèle-t-il.

Afin de convaincre la majeure partie de la population que son projet était valable, le gouvernement avait annoncé qu’il achèterait de nouvelles propriétés autour du parc dans le but d’augmenter la superficie de ce dernier. Cette stratégie n’a cependant pas offert les résultats escomptés. « Les gens n’ont pas accroché. Ils n’étaient pas au courant dans bien des cas », soutient Robert Benoit.

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En mai 2006, l’ancien ministre de l’Environnement Claude Béchard et Gisèle Lacasse-Benoit de SOS Parc Orford se sont croisés lors de la session parlementaire sur l’adoption de la loi 23 retirant le Mont Orford du parc national du même nom.
La Presse canadienne, archives, Clément Allard

Un « bien collectif »

Préfet de la MRC de Memphrémagog, Jacques Demers reconnaît que la « saga du mont Orford » a constitué une période difficile pour les habitants de sa région. « On vivait quelque chose de gros à ce moment-là. Cette histoire a marqué bien du monde et plus aucun intervenant ne voulait entendre parler de l’avenir de cette montagne au début des années 2010 », confie-t-il.

Dans la foulée, M. Demers souligne que, selon lui, la réintégration des terres a permis de calmer les esprits parce qu’elle « officialisait le fait qu’il n’y aurait pas de construction d’habitations dans le parc. »

Rappelons qu’André L’Espérance, un ancien propriétaire de la station Mont Orford, prévoyait en 2005 la construction de plusieurs centaines d’habitations au pied des pistes de la station de ski. À l’origine toutefois, celui-ci ne demandait pas le retrait de tout le domaine skiable du parc national, mais plutôt d’une superficie limitée en échange d’autres terrains situés en périphérie de l’aire protégée.

Quoi qu’il en soit des événements survenus à l’époque, Jacques Demers estime que la station Mont Orford joue un rôle majeur dans son milieu. « C’est un bien collectif présent sur des terres publiques et c’est sa force », lance celui qui est également président de la Corporation ski et golf Mont-Orford.