Hôpital : "Effectivement, il n'y a pas eu d'effort suffisant sur les rémunérations, même s'il y a eu des primes", convient Marisol Touraine

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L'ancienne ministre de la Santé défend malgré tout son bilan et se dit prête à répondre à une éventuelle convocation de la commission d'enquête du Sénat.

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Marisol Touraine, ministre de la Santé de 2012 à 2017, sous la présidence de François Hollande. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

"Effectivement, il n'y a pas eu d'effort suffisant sur les rémunérations, même si il y a eu des primes", reconnaît lundi 25 mai sur franceinfo, Marisol Touraine, présidente de l'organisation de santé Unitaid et ancienne ministre des Affaires sociales et de la Santé, alors que le gouvernement lance une nouvelle concertation pour améliorer les conditions de travail et les rémunérations des soignants.

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franceinfo : Quelle est la principale urgence ?

Marisol Touraine : Je crois que l'hôpital doit être d'abord valorisé au sens où nous devons commencer par reconnaître qu'au cours de cette crise, l'hôpital a su faire mieux que résister. Il a su innover. Il a su s'adapter. Mais pendant longtemps, on a eu une vision un peu négative de l'hôpital face à la crise. Comme si l'hôpital était nécessairement destiné à être submergé par la vague épidémique. Alors j'insiste, l'hôpital a fait mieux que résister. Il a su innover avec les transferts notamment de patients en région, grâce à l'augmentation très spectaculaire du nombre de lits de réanimation. Et cela, c'est parce qu'il avait la capacité de le faire. Ce qui est donc important aujourd'hui pour une réforme de l'hôpital, c'est de permettre à cette capacité d'innovation par excellence de l'hôpital public français, de s'exprimer dans les meilleures conditions possibles. Et la priorité aujourd'hui, c'est incontestablement la question des salaires des personnels, notamment des infirmiers et des aide-soignants à l'hôpital.

Olivier Véran a promis d'aligner les salaires des infirmiers et des infirmières sur la moyenne européenne, c'est-à-dire entre 300 et 500 euros de plus chaque mois. C'est le bon ordre de grandeur ?

Il ne m'appartient pas de dire quel est le bon niveau. Une négociation va s'engager. À l'évidence, ce qui est important, c'est que les promesses puissent être tenues dans la durée. Rien ne serait pire que des engagements qui ne pourraient pas être tenus durablement.

Mais je veux insister sur le fait que l'hôpital ne part pas de rien. Entre 2012 et 2017, des transformations ont été engagées.Marisol Touraine, ex-ministre de la Santéà franceinfo

Des priorités qui étaient consensuelles ont été fixées. Une majorité d'acteurs de l'hôpital public se rassemblait autour de la volonté de garantir la présence de l'hôpital public dans tous les territoires, c'est ce qui m'a menée à porter des coopérations ou à favoriser les coopérations entre les hôpitaux. Nous avons eu il y a quelques mois en France des mouvements de 'gilets jaunes'. Si nous n'avions pas garanti le maintien d'hôpitaux publics dans les territoires, ces révoltes populaires auraient été beaucoup plus importantes.

Est-ce que vous dites tout de même : "Nous non plus, on n'a pas fait assez quand on était au pouvoir" ?

Sans aucun doute sur le plan des rémunérations des personnels hospitaliers, en particulier des personnels soignants non-médicaux, nous n'avons pas pu dégager les ressources qui nous auraient permis de faire des revalorisations significatives. Il y a eu des primes, mais j'entends parfaitement que les professionnels de santé en ont assez des primes et veulent des rémunérations. Pour le reste, il y a eu des transformations qui ont été engagées et sans lesquelles l'hôpital ne serait pas aujourd'hui ce qu'il est. J'ai engagé la transformation de la tarification à l'activité. Je ne l'ai pas supprimée. Je ne l'ai pas fait éclater, mais nous avons mis en place ce que nous avons appelé la tarification à la qualité pour valoriser des pratiques, valoriser la proximité des hôpitaux. Ces processus auraient pu être accélérés après 2017. Cela n'a pas été le cas et je le regrette.

Le Sénat va lancer dans quelques semaines une commission d'enquête sur la gestion de cette crise et sur la pénurie de masques. Êtes-vous prête, si cette commission vous convoque, à aller témoigner ?

Oui, puisque de toute façon, c'est une obligation constitutionnelle que de se rendre devant le Parlement et devant une commission d'enquête. Mais même si cela n'avait pas été une obligation, je l'aurais fait. Moi, je ne souhaite polémiquer avec personne aujourd'hui. D'ailleurs, plus personne ne conteste le fait qu'il y avait autant de masques lorsque j'ai quitté le ministère que lorsque j'y suis entrée. Alors il ne s'agit plus de polémiquer, il s'agit de faire connaître les choses et de les mettre à plat. Cette polémique est regrettable et chacun devra s'expliquer sur ce qui a été fait, la manière dont cela a été fait. Même si je dois dire, non pas pour défendre ce gouvernement particulièrement, que la pénurie de masques était mondiale et qu'effectivement, il a dû être très difficile, compte tenu des stocks qui étaient ceux du gouvernement, de faire face à la situation qui était la sienne.

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