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Le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou est inculpé dans trois affaires différentes.Photo: Abir Sultan / Pool / Agence France-Presse

Benjamin Nétanyahou combatif à son procès pour corruption

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La « tête haute », combatif et soutenu par ses partisans, le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a dénoncé des accusations « ridicules » à l’ouverture de son procès pour corruption, le premier de l’histoire d’Israël visant un chef de gouvernement en fonction.

Après 17 mois d’une crise électorale au cours de laquelle il a joué sa « survie politique », M. Nétanyahou était attendu par des centaines de supporters au tribunal du district de Jérusalem pour une nouvelle bataille, judiciaire cette fois.

Avant son arrivée, il a rencontré des survivants de la Shoah, le génocide juif par l’Allemagne nazie, pour qu’ils lui donnent la « force », a-t-il dit.

Je me présente à vous le dos droit et la tête haute— Benjamin Nétanyahou

À son arrivée au tribunal quadrillé de policiers, devant des membres de son équipe aux visages barrés de masques sanitaires, le premier ministre s’est montré, sans masque, à l’offensive, accusant la justice et les médias de travailler ensemble à le faire chuter.

« Je me présente à vous le dos droit et la tête haute », a-t-il déclaré, dénonçant les accusations « ridicules » de corruption, d’abus de confiance et de malversation pesant contre lui, avant de se protéger le visage pour l’audience.

« J’ai demandé à ce que tout soit diffusé en direct afin que le public puisse tout entendre [directement] et non à travers le filtre des journalistes [à la solde] du procureur général », a-t-il ajouté, accusant une partie de la presse de partialité.

Dans la salle d’audience, le premier ministre a indiqué comprendre la nature des chefs d’accusation portés contre lui.

Près du tribunal, des partisans, drapeaux israéliens au vent par une rare journée de grisaille, scandaient « Benjamin Nétanyahou, le peuple est avec toi ».

Une dame brandissait une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Procès Dreyfus 2020 », en référence au retentissant scandale ayant mêlé erreur judiciaire et antisémitisme en France au tournant du XXe siècle. D’où peut-être le discours du premier ministre de type « J’accuse », opposant cette fois le « peuple » à la justice et aux médias…

Dans une autre manifestation, anti-Nétanyahou cette fois, des centaines de personnes criaient « démocratie, démocratie », accusant le premier ministre de corruption.

Avant M. Nétanyahou, Éhoud Olmert avait déjà été inculpé — après avoir démissionné — pour corruption, puis reconnu coupable avant de croupir 16 mois en prison.

Des échanges de faveurs

Benjamin Nétanyahou, 70 ans, dont 14 au pouvoir, est accusé d’avoir reçu pour 700 000 shekels (277 500 dollars canadiens) de cigares, champagne et bijoux de la part de personnalités richissimes en échange de faveurs financières ou personnelles.

Selon les enquêteurs, M. Nétanyahou aurait aussi tenté de s’assurer une couverture favorable par le plus grand quotidien payant d’Israël, le Yediot Aharonot.

La justice le soupçonne enfin d’avoir accordé des faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des millions de dollars au patron de la société israélienne de télécommunications Bezeq en échange d’une couverture favorable d’un des médias du groupe, l’influent site Walla.

« En 244 ans de démocratie [depuis la révolution américaine,], il n’y a jamais eu quelqu’un d’inculpé pour avoir reçu une couverture favorable d’un média. Et dans mon cas, la couverture n’était même pas favorable », a plaidé dimanche M. Nétanyahou.

Des trois affaires, c’est cette dernière qui est la plus explosive, mais peut-être aussi la plus complexe.

« Dans les cas classiques de corruption, tout tourne autour de l’argent […] mais là, il s’agit de corruption pour obtenir une couverture de presse favorable. C’est sans précédent », note Amir Fuchs, chercheur à l’Institut démocratique d’Israël, centre de recherche à Jérusalem.

« Ce n’est pas simplement offrir une couverture favorable […] mais lui accorder un contrôle éditorial total sur les textes et les photos précises », ajoute-t-il.

Les avocats du camp Nétanyahou ont indiqué avoir besoin de plusieurs mois pour étudier les éléments de preuve contre le premier ministre. Le parquet a lui plaidé pour qu’il soit entendu le plus rapidement, dans une affaire qui pourrait s’étirer sur des années.

Les trois juges ont dit étudier ces demandes et annoncé la reprise de la séance le 19 juillet, à laquelle seuls les avocats assisteront.

En Israël, le premier ministre ne dispose d’aucune immunité judiciaire, mais, à la différence des autres élus et des fonctionnaires, il n’a pas à démissionner ou à se retirer le temps du procès.

Pour Yuval Shany, professeur de droit à l’Université hébraïque de Jérusalem, Benjamin Nétanyahou se retrouvera en « conflit d’intérêts », car il est à la fois « chef du gouvernement, et donc responsable d’un nombre important de décisions », et « accusé en lutte contre les institutions gouvernementales qui le poursuivent ».

Il serait donc dans la position de diriger un gouvernement, mais aussi de l’affaiblir, d’où la question pour la population de savoir si ses décisions seront prises dans l’intérêt du pays ou dans le sien, relève M. Shany.

Dimanche, avant l’audience, M. Nétanyahou a dirigé la première rencontre de son cabinet depuis la formation une semaine plus tôt d’un gouvernement d’union avec son ex-rival Benny Gantz, qui avait juré qu’il ne partagerait pas le pouvoir avec un homme inculpé, avant de se raviser dans l’espoir d’unir le pays face à une autre crise : la COVID-19.